Compte Rendu de Julien Harson sur l'ITT

100_0998.JPG Le 14 juillet, les traileurs se sont donnés rendez-vous à Val d’Isère pour l’Ice Trail Tarentaise :

75% du parcours au-dessus de 2500m d’altitude ;

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3ème manche du Sky runner world series (catégorie Ultra) et 2nde manche du Défi des Savoie.

Le départ est donné à 4h00, sous un ciel étoilé.

Le temps que le jour se lève, nous avons déjà passé La Daille, la « vallée perdue », Tignes Le Lavachet et Tignes le lac.

Premier point de contrôle à Tignes Val Claret (Km 10), en bas du funiculaire qui monte au refuge du Panoramic. Je suis légèrement en avance sur le temps de passage prévu, je sais que ça ne durera pas.

S'en suit 1500m de D+ en à peine 10km pour monter à la Grande Motte, d'abord sur une piste de 4x4, puis très vite, après une "aire de chaînage" des yaktrax, sur la neige. Le premier ravitaillement au Panoramic est le bienvenu. Le temps d'avaler une soupe et il faut repartir. Sur la piste du glacier, attaquée en ligne droite, je croise Emilie Forsberg (1ère féminine) qui redescend (déjà). L'altitude se fait sentir : le souffle est court. Au niveau du téléphérique, ce n'est plus du trail mais de l'alpinisme : yaktrax obligatoires et interdiction de doubler. A 300m du sommet, mon appareil photo glisse entre mes gants et dévale la pente. Résultat : perte de temps et d'énergie pour descendre le récupérer. « Julien la gaffe ». Au sommet (3653m), la vue sur le Mont Blanc et le Mont Pourri est magnifique, ciel bleu et grand soleil.

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La descente pour retourner au Panoramic est rapide et peu académique : sur les fesses, ce n'est plus du trail mais de la luge !

Second ravitaillement au col de Fresse (km 26), l'occasion de voir mes deux supporters et de reprendre des forces après 1000m de D-. J'ai 1h30 d'avance sur la barrière horaire. Je suis large !

Nous traversons le domaine skiable de Val d'Isère puis entrons dans le parc de la Vanoise. Les alpages sont verts et fleuris. Les marmottes nous sifflent.

Dès les premiers mètres de l'ascension du col de la Rocheur, je casse un des deux bâtons. Je m'arrête et bricole. Nous retrouvons rapidement de la neige. Le bricolage ne tient pas, je me contente d'un bâton 3 brins au lieu de 4, tant pis. J'éprouve de nouveau quelques difficultés à trouver un rythme respiratoire convenable dans l'ascension. Le moral est un peu en berne, je me demande ce que je fais là... Au col (2912m), la vue sur les écrins récompense mes efforts.

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La descente sur le refuge du fond des fours (km 41) est une alternance de luge et de course dans la neige. Je double une bonne partie de ceux qui m'ont dépassé dans le col et gagne 30 places. Le moral repart.

La montée en direction du col des fours (2976m) est de nouveau éprouvante : neige plus ou moins compacte, je m'arrête tous les 200m pour reprendre mon souffle. Pour la première fois, je commence à m’inquiéter des barrières horaires.

La descente vers le pont des neiges permet de récupérer. Mes deux supporters m'y attendent. Je discute avec eux et récupère une paire de bâtons opérationnels.

J'arrive au ravitaillement du restaurant de la cascade vers 15h20. Je suis fatigué. Je n'arrive pas à avaler des solides. Certains parlent des barrières horaires, d'autres d'abandonner. J’aperçois la prochaine difficulté, la pointe Pers, depuis le ravitaillement. Je doute de moi-même et de ma capacité à y monter (500m D+) et redescendre au col de l'Iseran avant 18h00. J'envisage l'abandon. Je m'allonge sur la terrasse et somnole 5mn pour oublier.

Je finis par repartir à 15H45, 15 minutes avant la barrière horaire. Nous empruntons aussitôt une crête. J'en ai ras le bol. A ce moment-là, mon seul joker est « l'appel à un ami ». J'appelle un de mes supporters qui me remonte le moral et m'incite à continuer. Nous nous engageons sur le glacier du Pissaillas. Je m'accroche tant bien que mal à un coureur qui vient de me rattraper. Nous échangeons sur la « barrière horaire » de l'Iseran et sommes pessimistes pour la passer à temps.

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Au col Pers, je demande à un bénévole le temps nécessaire pour monter à la pointe Pers, redescendre au col Pers, puis à l'Iseran : « 25mn pour la montée, 20mn pour revenir au col, 30mn pour aller à l'Iseran », soit exactement le temps pour passer la barrière horaire à 18h00. Mon « lièvre » de Pissaillas hésite à monter jusqu'à la pointe. Je me lance sans lui. Alors que j’envisageais d'abandonner une heure avant, je retrouve de l'énergie et le mental pour relever ce défi. J'attaque et donne tout. Pour la première fois depuis le col de Fresse, je double dans une ascension et gagne 10 places. Je monte en 22mn. Pas le temps de prendre une photo au sommet (3330m), chaque seconde compte. Je descends jusqu'au col de l'Iseran (2760m) en prenant tous les risques : 30mn à fond, ce qui me permet de passer la barrière horaire du col de l'Iseran (km 55) avec 25mn d'avance. Gros soulagement puisque je suis assuré de terminer.

Nous repartons pour la dernière ascension, celle du tunnel des Leissières. De la neige dans un premier temps, puis un mur et un pierrier très instable. Trois bénévoles assurent la sécurité. Nous voyons enfin le bout du tunnel …

Derrière, 9km de descente pour rejoindre le centre de Val d’Isère. Le moral étant au beau fixe, j’attaque dès que je peux et descend sur les fesses dans la neige. Je continue ma remontée dans le classement.

Le soleil se couche. Je franchis la ligne d’arrivée après 15h02mn53s de course. Sur les 420 coureurs au départ, nous sommes seulement 263 à avoir terminé, 220 ème en ce qui me concerne. Kilian Jornet gagne en 7h35mn. Probablement le trail le plus difficile sur ce genre de distance. Nous sommes 13 sur les 21 engagés à terminer le Défi des Savoie (ITT + Trail des allobroges).

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